Marie Barral-Baron - Érasme et l'art du geste

 

Érasme et l’art du geste :

l’élaboration des règles de civilité à la Renaissance

 

 

 

 

 

Auteur: Marie Barral-Baron

 

 

 

 

 

 

     Si, comme l’a fait remarquer Norbert Elias, la question des convenances a toujours fait l’objet de débats, elle se voit renouvelée au XVIe siècle avec la parution du traité de civilité d’Érasme, le fameux De civilitate morum puerilium libellus (1530), qui « marque un changement et constitue la concrétisation de certains processus sociaux[1] ». En effet, se constitue alors un nouvel espace du corps qui affecte progressivement toutes les couches de la société. Une culture du corps se met en place et conduit progressivement à une normalisation des comportements sur la longue durée[2].

 

     Pourtant, ce n’est ni la Renaissance ni Érasme qui ont inventé la civilité : pas plus le mot que la chose. Néanmoins, il est exact que le concept, d’origine latine et en partie cicéronien, s’est introduit sans le moindre effort dans l’ensemble des idées, des valeurs et des pratiques que connote la notion plus générale d’humanitas, source verbale, mais surtout idéelle de l’humanisme conquérant[3]. L’originalité d’Érasme est d’avoir fait passer de manière audacieuse dans la culture écrite un ensemble de conseils que le Moyen Âge s’était contenté de transmettre oralement (par exemple sous forme de proverbes[4]). Ce qui n’était qu’un code coutumier du comportement devient, avec l’humaniste, un modèle canonique, un « lieu commun » auquel le latin originel confère un prestige supplémentaire. En outre, un imprimé signé d’Érasme, quelle qu’en soit la nature, est alors doué d’une puissance de diffusion et de pénétration incroyables, à laquelle ne pouvaient prétendre les manuscrits de courtoisie du XVe siècle qui décrivaient en vers faciles à retenir la manière de bien se conduire en société[5]. On ne parlait d’ailleurs pas alors de civilité (ou civilitas) mais de courtoisie (ou curtesye, ou urbanitas ou encore de « régime pour tous serviteurs » ou de « contenances » à table). Si ces codes non écrits, ou écrits sans possibilité ou sans intention de les diffuser hors d’une communauté restreinte, ont pu modeler et faire évoluer certains comportements des contemporains, ils étaient alors dans l’impossibilité de transformer en profondeur et pour longtemps les esprits. Seule l’autorité d’un Érasme, universellement reconnu et admiré, et l’adoption de son manuel par de multiples institutions scolaires pouvaient agir de manière puissante sur les gestes des hommes à travers les siècles. Rapidement réimprimé à Bâle, Paris, Anvers, Francfort, Leipzig et Cracovie, le traité de civilité érasmien est d’ailleurs traduit dès 1531 en langue allemande. Même s’il y a eu, avant lui, des précédents en matière de civilité, notamment du côté des humanistes italiens, tel Léon Battista Alberti avec ses Libri della famiglia et son De Iciarchia, ces textes ne connurent jamais le succès du traité d’Érasme.

 

     Cette expression française de « civilité puérile », comme la latine (civilitas[6]), dont elle dérive et qui constitua rapidement la matrice de tous les traités de civilité puérile ainsi que Philippe Ariès l’a bien démontré[7], porte en lui un idéal de politesse, de courtoisie, de souci de soi et des autres, de respect des règles, des institutions ou des lois écrites et non écrites, préalable nécessaire à la vie communautaire d’individus civilisés à l’intérieur d’une cité et dans la participation à une forme donnée de civilisation. Aux yeux d’Érasme, l’homme civilisé est ainsi celui qui exprime au mieux les valeurs d’humanité que sa nature recèle comme autant de potentialités. En se civilisant, en apprenant à maîtriser ses gestes et son corps, l’homme devient plus humain c’est-à-dire qu’il acquiert progressivement son humanité. La civilité n’est d’ailleurs pas le seul lieu de prise en charge du corps, l’éloquence, cette rhétorique qui prend en compte les mouvements du corps, se transforme elle aussi[8].Convaincu de l’importance cruciale d’une bonne maîtrise des codes de la civilité, le grand humaniste qu’est Érasme, pourtant parvenu au faîte de sa gloire (en 1530 il a 63 ans !), prend la peine de publier un manuel « sur la manière de se tenir à table, se moucher, cracher ou pisser… ». Pour lui, la civilité offre non seulement un moyen de survivre en société, mais elle forme surtout l’honnête homme car elle lui permet de façonner son âme.

 

 

L’apparition des règles de civilité ou la naissance d’une économie du corps

 

     Dès la préface de son De pueris instituendis, publié en 1529, Érasme énonce les principales règles de la formation de l’esprit du très jeune enfant sans jamais séparer la finalité éthico-sociale et éthico-religieuse : le sous-titre du livre indique bien qu’il s’agit de former les enfants « ad litteras et ad virtutem[9] ». Comme le corps est l’instrument de l’âme, et que l’hygiène physique est une condition nécessaire, sinon suffisante, de la bonne santé intellectuelle et morale, le De pueris regorge de conseils hygiéniques, tirés pour la plupart de Quintilien, du Pseudo-Plutarque et des recommandations médicales d’Hippocrate et de Galien. Le comportement du jeune enfant, dans la vie quotidienne, de son lever à son coucher, à table, dans la rue, avec ses parents, ses maîtres, des personnages âgés, bref tout ce qui relève de ces « mores » ou mœurs, c’est-à-dire des usages sociaux établis par des siècles de civilisation, civilisation chrétienne pour Érasme, sont exposés. Dans son fameux De civilitate morum puerilium, publié à Bâle, chez Froben en 1530, l’importance de la bonne maîtrise, chez le petit homme, de son comportement psychologique et moral est à nouveau étudié, mais avec une vigueur et un engagement inédits, et ce dès les premières pages. Ce traité se décompose en sept courts chapitres qui cherchent à donner les principales règles de la civilité à l’usage des jeunes enfants. Ainsi, l’humaniste commence par la question de la décence et de l’indécence du maintien, puis il aborde celle du vêtement, la manière de se comporter dans une église, les règles qui président les repas et la manière de se tenir à table (le chapitre le plus long), celles qui concernent les rencontres, le jeu et enfin le coucher (ces deux chapitres sont spécialement brefs). Il apparaît pertinent de citer des aspects de l’œuvre pour bien saisir le projet de civilité érasmien et l’attention particulière portée aux gestes de l’enfant. Si Érasme est sensible à la gestuelle des individus, il l’est encore plus lorsque cela concerne des petits hommes. Il est en effet convaincu que ces habitudes gestuelles ou ces mécanismes corporels, conformes aux usages et aux traditions, constituent une discipline sociale et même mentale[10]. Par exemple, au fil du chapitre cinq intitulé « Des rencontres » (De congressibus), l’humaniste recommande :

 

« Lorsqu’un enfant rencontre sur son chemin quelque personnage respectable par son âge, vénérable par sa fonction de prêtre […] il doit s’écarter, se découvrir la tête et même fléchir légèrement les genoux […] Ce n’est pas à un homme que l’on accorde cette marque de respect, c’est à Dieu. Dieu l’a ordonné par la bouche de Salomon qui dit « Lève-toi devant un vieillard ». Il l’a ordonné par la bouche de Paul, qui commande de rendre doublement honneur aux prêtres, et en somme de rendre à chacun l’honneur qui lui est dû[11]. »

 

Dans ce passage, Érasme conseille donc d’apprendre au plus tôt au jeune enfant à faire la distinction entre les individus : selon lui, ce dernier n’a pas à se comporter de la même manière face à un ecclésiastique que face à un paysan car le premier porte une dimension sacrée qui fait défaut au second. L’enfant doit donc très tôt intégrer qu’il existe une hiérarchie sociale parmi les hommes et que celle-ci oblige à une conduite adaptée en fonction des qualités des individus en présence. Face au prêtre, l’enfant doit ainsi s’efforcer de respecter une codification des gestes découpée en trois temps selon un véritable rituel : il doit s’écarter, se découvrir la tête puis fléchir les genoux. Ces trois gestes sont censés exprimer son respect face à la dimension sacrée du prêtre et sa reconnaissance de la supériorité morale de celui devant lequel il se découvre. Si le fondement de cet art du geste est sans doute rationnel, il est surtout biblique puisque l’humaniste a recours à une double référence, celle de l’Ancien Testament avec Salomon et du Nouveau avec Paul. Avec Érasme, le geste acquiert ainsi une identité propre et devient un code culturel qu’il faut respecter sous peine de passer pour un rustre ou un enfant mal élevé. L’analyse des vocables latins utilisés par l’humaniste pour parler de civilité est d’ailleurs très révélatrice des convictions érasmiennes : l’adjectif indecorum (indécent ou indécence) est particulièrement présent dans l’ensemble du traité ainsi que celui de illiberale, adjectif pratiquement antonyme de civilis, puisque le propre d’une culture ou d’une éducation libérale est de libérer l’enfant de ses tendances primitives, grossières ou rustiques pour l’élever vers des comportements qui font de lui un homme civilisé[12] :

 

« C’est une attitude grossière que d’agiter les bras (Illiberale est jactare brachia), de gesticuler les doigts, de branler des pieds, bref de parler moins avec sa langue qu’avec tout son corps ; c’est ce que l’on dit des tourterelles, des hochequeues, et les pies[13] ont un comportement qui n’est guère différent[14]... »

 

Ce passage est très intéressant car Érasme expose explicitement la conviction qui est la sienne que l’on communique avec les autres autant par les mots que par le corps, d’où l’importance d’avoir une apparence soignée, des paroles mesurées, une attitude sobre en toutes circonstances. Héritier des grands pédagogues du Quattrocento, mais aussi de la pensée de Platon, de Plutarque, de Cicéron ou de Quintilien, Érasme ne peut pas concevoir une séparation entre ce qui relève de l’éthique et de la connaissance. L’expression même de humaniores litterae (ou son synonyme de bonae litterae) qui désigne la culture qu’un enfant ou un adolescent doivent assimiler pour passer de l’état d’inculture ou de sauvagerie (caractérisé par l’adjectif latin rudis) à celui d’érudit (eruditus désignant précisément celui que l’instruction a fait sortir de l’état de rudis) souligne combien la morale, les mœurs et les connaissances d’ordre intellectuel sont en connexion continuelle.

 

     Ce souci du maintien du corps est peut être encore plus visible dans son chapitre consacré aux manières de se tenir à table[15]. Au cours des repas, il est en effet indispensable de respecter des codes de bonne conduite et surtout d’avoir conscience de tout son corps, de chacun de ses gestes. Les bras et les jambes notamment doivent être savamment maîtrisés, repliés et sans mouvements déplacés tout au long des déjeuners comme des soupers. À ce sujet, l’humaniste écrit : « Prends garde aussi de gêner avec ton coude celui qui est assis près de toi, ou avec tes pieds celui qui te fait face[16]. » Chaque convive dispose désormais d’un territoire défini par son couvert et sa serviette et il ne doit pas en déroger sous peine d’importuner son voisin[17]. C’est ainsi la présence d’autrui ou plutôt la conscience de son existence qui oblige à la civilité. Externum corporis decorum : la civilité corporelle a bien pour objet les convenances extérieures du corps. Selon Norbert Elias, à partir du XVIe siècle, « ce sont les bouleversements sociaux, la refonte des relations humaines qui finissent d’entraîner des changements : on ressent plus que naguère l’obligation de s’imposer l’autocontrôle[18] ». Cette nécessité d’un autocontrôle révèle l’importance que l’on accorde désormais au regard de l’autre qui devient dès lors déterminant dans le comportement humain. La multiplicité des rencontres et le brassage des classes sociales engendrent des nouvelles normes de conduites, en un mot, des convenances corporelles. Une économie du corps, exposé au regard de l’autre, se met en place par un dressage de ce corps : ce dressage s’accomplit en toute conscience et les codes de conduites sont bientôt tellement intériorisés que l’homme finit par les considérer comme naturels[19]. Selon Erving Goffman, « le monde, en vérité, est une cérémonie[20] ». Dans ce contexte inédit, manger en compagnie devient un puissant facteur de cohésion sociale, mais à condition d’un total respect des commensaux, c’est-à-dire dans une totale maîtrise de soi et de son corps, dans une distanciation de l’acte individuel et des comportements collectifs et dans l’individualisation des manières de table[21]. À la convivialité médiévale, qui regroupe autour d’une table ceux qui partagent physiquement les mêmes plats, succède ainsi le temps de la civilité.

 

     Très préoccupé par la bienséance de table, qui joue un rôle primordial dans l’apprentissage de la civilité aux yeux d’Érasme, l’humaniste prend constamment la peine de montrer et de démontrer les fondements rationnels de toutes les règles de civilité qu’il propose. Il tient à ce que le lecteur comprenne bien que ce ne sont pas des fantaisies passagères d’une élite éduquée, mais bien le fruit de l’expérience et de l’observation. À chaque fois, Érasme essaie donc de lier ses arguments éthico-sociaux à des raisons d’ordre matériel et surtout médico-physiologiques :

 

« Trois doigts imprimés dans la salière sont, comme on dit, les armes parlantes des vilains (agrestium insignia). On doit prendre le sel avec son couteau, en quantité juste suffisante ; s’il est placé trop loin, on en demande en tendant son assiette. […] Après avoir coupé la viande dans son assiette, par petits morceaux, on la mâche avec une bouchée de pain avant de l’avaler. Ce n’est pas seulement affaire de bon ton, c’est excellent pour la santé. Certains engloutissent d’une seule fois de si gros morceaux qu’ils s’enflent les joues comme des soufflets ; d’autres, en mâchant, ouvrent tellement la bouche qu’ils grognent comme des porcs. D’autres mettent tant d’ardeur à dévorer, qu’ils soufflent des narines en gens qui vont suffoquer. Boire ou parler la bouche pleine est incivil et dangereux (nec honestum nec tutum)[22]. »

 

Conscient de l’usage de plus en plus répandu du couteau à table dans l’Europe du XVIe siècle[23], l’humaniste prend soin également de mettre en garde son lecteur. Non seulement gesticuler de manière indisciplinée avec son couteau à table est un spectacle indécent, mais c’est aussi une attitude dangereuse pour les voisins de table et pour soi-même. Le couteau individuel, que l’on apporte d’ailleurs alors souvent avec soi, doit être nettoyé soigneusement et utilisé à bon escient avec des gestes choisis et éduqués : « Il est ridicule de détacher le blanc de l’œuf d’après la coquille avec ses ongles, ou à l’aide du pouce ; plus ridicule encore de sa langue. Cela se fait avec la pointe du couteau[24] » ou encore « On ne ronge pas les os avec ses dents, comme un chien ; on les dépouille à l’aide d’un couteau[25] ». Les remarques d’Érasme au sujet du maintien du corps et de l’art des gestes à table sont innombrables : il s’applique en effet à faire soigneusement le tour de toutes les situations possibles lors d’un banquet. Il évoque ainsi la nécessité de vomir si l’on a trop mangé – pratique qu’il ne condamne pas – il conseille de s’essuyer la bouche avant de boire dans la même cruche que tous les convives, mais d’éviter de donner à son voisin un morceau de viande ou de pain dans lequel on a déjà mordu. « Il est peu élégant, écrit-il, d’extraire de sa bouche un morceau qu’on a déjà mastiqué[26]. » Il condamne également les crachats à table et recommande aussi d’avoir toujours la narine libre de morve ce qui suppose d’avoir un mouchoir en permanence sur soi. Les pratiques rustres des paysans qui se mouchent dans leurs casquettes et vareuses ou celle des charcutiers qui ont l’habitude de se débarrasser de leur morve au creux de leurs coudes sont fermement déconseillées. Soucieux d’être bien clair avec son lecteur, Érasme pousse le raffinement jusqu’à lui expliquer comment étaler et dissimuler avec son pied de la morve malencontreusement tombée à terre[27]… Si l’humaniste consacre autant de pages à tous ces sujets d’une grande rusticité, c’est parce qu’il sait aussi que dominer son corps est un gage de survie. Dans une société alors extrêmement violente, où le moindre rictus, une bouche tordue ou un sourcil froncé, peut être interprété comme un signe de provocation et déclencher un duel ou une rixe barbare, il faut savoir maîtriser ses gestes. La civilité n’est pas un exercice mondain et inutile, mais le moyen de survivre[28]. Ces conseils explicites, francs et même parfois naïfs peuvent provoquer une sensation d’écœurement ou de répugnance chez le lecteur contemporain ce qui est particulièrement intéressant car cela révèle que le lecteur se trouve ici confronté au processus même de la civilisation, « aux vestiges du changement de comportement effectif tel qu’il s’est produit en Occident[29]. »

 

     Tout au long de son manuel de savoir-vivre, Érasme ne dissimule pas que cet exposé de règles très pratiques pour survivre en société s’inscrit surtout dans un projet plus vaste, à la fois éducatif, moral et civilisationnel. Le projet de l’humaniste est en effet de convaincre son lecteur de quitter la « barbarie » car les fautes contre l’apparence ou contre la société sont des fautes contre soi. Les bonnes manières sont l’expression même de la morale, du respect d’autrui. En apprenant aux enfants à redresser leurs épaules, à dissimuler leur nudité sous le port de vêtements propres et soignés, à savoir rester silencieux, discrets, pudiques, Érasme forme l’honnête homme. Il est d’ailleurs révélateur que son traité ne s’adresse pas seulement au jeune prince Henri de Bourgogne, son élève, mais à l’ensemble de ses contemporains. L’humaniste se garde bien de viser une classe sociale particulière lorsqu’il formule ses conseils. À l’exception de quelques coups de griffes à l’endroit des paysans ou des marchands, il n’accentue jamais les distinctions sociales. Dans les dernières lignes de son ultime chapitre, il constate d’ailleurs :

 

« Ceux dont la fortune a fait des plébéiens, des gens d’humble condition, des paysans même, doivent s’efforcer d’autant de compenser par de bonnes manières les avantages que leur a refusés le hasard. Personne ne choisit son pays ni son père : tout le monde peut acquérir des qualités et des mœurs[30]. »

 

Les règles de bonne conduite ne sont donc pas seulement l’apanage d’une petite élite aristocratique ou de la noblesse à qui s’adresse traditionnellement le code courtois des bonnes manières. L’auteur met potentiellement ses préceptes de civilité à la portée du plus grand nombre. Le caractère novateur du livre de l’humaniste transforme ainsi la courtoisie en civilité et en étend les règles de conduite à tous les hommes[31]. On craint désormais de paraître rustre et mal élevé dans une société plus large englobant des individus de plus en plus raffinés. Avec l’humaniste, le geste devient désormais un discours en soi qui dépasse l’acteur lui-même pour prendre une « épaisseur » sociale comme l’écrit Robert Muchembled[32].

 

 

L’apparition des règles de civilité ou comment façonner son âme

 

     Ce travail sur le corps, sur l’enveloppe charnelle de l’homme n’a cependant de sens que parce que cette extériorité de l’homme renvoie à son intériorité. Le corps n’est rien en lui-même s’il ne fait pas écho à l’âme. L’Europe d’Érasme est encore très marquée par une tradition chrétienne tout imprégnée d’ascétisme dans laquelle le corps est d’abord une enveloppe vile et méprisable, un obstacle même à l’essor de l’âme, d’où la nécessité de l’oublier, de le rendre transparent[33]. Or, tous les traités de civilité puérile, et celui d’Érasme en premier, postulent au contraire qu’il existe une correspondance étroite entre l’enveloppe et ce qu’elle contient. Le regard est le miroir de l’âme ne cesse de marteler Érasme afin que son lecteur ne dédaigne pas l’importance à donner à ses gestes et à tous ses mouvements. Le geste est un langage, l’attitude corporelle est signifiante car elle reflète, peut-être encore plus que le langage lui-même, des attitudes morales et spirituelles. La convenance et la contenance sont ainsi étroitement liées : se contenir s’est se mettre en adéquation avec les circonstances dans lesquelles on se trouve. Ainsi, il faut toujours être vigilant sur au moins quatre points : se conduire selon son âge et sa condition ; prendre garde à la qualité de la personne avec laquelle on converse ; bien observer le temps ; regarder le lieu où on se rencontre. Pour parvenir à maîtriser ses humeurs, il faut surtout rechercher la mesure en toute chose, ce qu’on appelle alors le juste milieu, catégorie morale empruntée aux Anciens et plus particulièrement à Cicéron. Dans le De officiis, la définition du decorum que propose Cicéron, « la tempérance et la modération, toute maîtrise des troubles de l’âme et la mesure en toutes choses », ne résume-t-elle pas à elle seule le projet de civilité[34] ?

 

     Si Érasme est si attentif aux techniques de dressage du corps de ses contemporains, c’est parce qu’il croit qu’elles caractérisent l’humanité du corps car elles visent à y fixer l’âme. Le lien de l’âme au corps se renforce avec l’éducation et la socialisation de l’individu. L’attitude du corps permet en fait de juger de l’attitude de l’âme. Dans son traité, l’humaniste propose ainsi à l’enfant de toujours faire preuve d’une grande pudeur dans son maintien et ses vêtements. Par exemple, il écrit : « En parlant, on tient son chapeau de la main gauche, la droite posée légèrement vers le nombril ; il est plus convenable (decentius) encore de tenir son chapeau suspendu des deux mains, les pouces en dessus, de façon à cacher le sexe[35]. » Mais cette pudeur qu’il réclame ne doit jamais être niaise ou stupide sinon de bon aloi, comprise et intelligemment pratiquée (« Pudor adsit, sed qui decoret, non qui reddat attonitum[36] ») car c’est son âme que l’enfant donne alors à voir. Sans doute marqué par les traités de physiognomonie multiples en son temps, l’humaniste croit même parvenir, grâce aux règles de civilité, à rectifier sinon modifier les âmes rebelles :

 

« Des yeux farouches sont un indice de violence ; des yeux fixes, signe d’effronterie ; des yeux errants et égarés, signe de folie ; qu’ils ne regardent pas de travers, ce qui est d’un sournois, de quelqu’un qui médite une méchanceté ; qu’ils ne soient pas ouverts démesurément, ce qui est signe d’un imbécile ; abaisser les paupières et cligner les yeux, c’est un indice de légèreté ; les tenir immobiles, c’est l’indice d’un esprit paresseux. Que le front soit riant et uni, indice d’une bonne conscience et d’un esprit ouvert ; tout plissé de rides, c’est un signe de sénilité ; mobile, il rappelle le hérisson[37]… »

 

La normalisation, le dressage des corps selon des comportements significatifs pour le groupe est en fait l’un des enjeux de l’éducation du petit enfant. Devenu adulte, celui-ci doit être capable d’occuper sa place et de jouer les rôles qui lui sont impartis dans toute situation. Érasme conseille ainsi de « faire comme les poulpes et s’accommoder aux mœurs de chaque pays[38] ». L’adoption de la bonne attitude au bon moment exprime l’adhésion de la personne aux valeurs de son groupe[39].

 

     Avec Érasme se fait jour également une certaine esthétique du corps puisque celui-ci est vu comme un ensemble harmonieux. Si l’humaniste refuse et lutte contre les mimiques, grimaces et autres bouffonneries c’est parce qu’il est convaincu que toute mauvaise habitude déforme le maintien et la beauté de tout le corps. Le jugement négatif qu’il porte sur les jongleurs, saltimbanques ou histrions de toute espèce s’explique précisément par son obsession du dressage du corps. L’humaniste ne s’en prend pas directement à l’art du geste ou de la danse, qui est capable d’exprimer théoriquement tous les mouvements de l’âme et jusqu’aux sentiments les plus élevés[40], mais à toutes les dérives que ces arts sont susceptibles d’entraîner chez le jeune enfant. Érasme sait bien en effet que la plupart des spectacles de pantomimes et de mimes dans la Rome antique étaient l’occasion de gestes et de couplets licencieux (quand à l’art du geste se joignait celui de la parole)[41]. Comme Saint Basile, il s’inquiète de l’influence néfaste de ces spectacles qui pervertissent l’âme, enlèvent le sentiment de pudeur et engendrent des passions serviles et basses[42]. Tributaire des analyses du Pseudo-Aristote et sa Physiognomonie, il reste convaincu que l’esthétique est sous la dépendance obligée de l’éthique, l’expression du corps étant le reflet des dispositions de l’âme[43].

 

     Quelques mois avant sa mort, dans l’Ecclesiaste (1535), Érasme démontre encore son intérêt pour l’art du geste, mais cette fois-ci dans le domaine de la rhétorique. En réactivant Quintilien et Cicéron, son texte marque le retour de l’actio rhétorique[44]. Dans le De Oratore, Cicéron énumère en effet les qualités de l’orateur idéal[45]. Celui-ci doit exceller en grammaire, en philosophie, en musique, en mathématique, en géométrie, en histoire, mais aussi en art dramatique et en danse. Le maintien corporel, les gestes, les mimiques sont destinés à emporter l’adhésion du public, mais aussi son attention. Dans l’Ecclesiaste, cette partie de la rhétorique qui prend en compte la dimension corporelle de l’orateur est remise en lumière. Pour convaincre son auditoire, il faut savoir maîtriser son corps et sa gestuelle. Comme dans la peinture, cette « poésie muette[46] », le bon orateur doit être capable par ses seuls gestes et mouvements de ses membres de transmettre une émotion, de convaincre ses auditeurs. Paradoxalement, le bon orateur est donc aussi celui qui sait faire silence, qui est capable de parler sans parole, juste avec ses gestes et ses mimiques, alors qu’il est par définition le maître du langage. Tout se passe comme si, avec Érasme, qui connaît à la fin de sa vie la valeur du silence[47], le bon orateur avait les moyens de créer un monde sans paroles, un univers où le langage serait entièrement suppléé par les gestes.

 

     Étudier l’élaboration des règles de civilité à la Renaissance, c’est découvrir que le moindre geste, même spontané, repose en fait sur un système de codage inconscient qui n’est perceptible que dans une société donnée. Tous les gestes sont liés à une culture et à son histoire. Il n’existe pas de gestes « naturels » mais des usages sociaux du corps, propres à chaque civilisation, qui changent au cours du temps[48]. Par son traité, Érasme participe pleinement à cette construction de l’identité propre du geste, à son épaisseur sociale. Ce grand savant qui a tant écrit sur le Verbe de Dieu, sur la foi et sur les belles lettres, a pleinement conscience que le corps n’est que langage et qu’il faut donc le maîtriser, l’éduquer afin d’être toujours à l’aise en société, mais aussi lorsque l’homme est seul avec Dieu. Le corps ne doit en fait jamais faire relâche : « les Anges te voient [….] les yeux de la foi sont plus sûrs que les yeux de la chair[49] » aime-t-il à répéter. Dieu lui-même réclame l’exécution de certains gestes au cours des prières et des oraisons. Connaître ces rituels religieux, maîtriser les codes sociaux, c’est, selon Érasme, offrir à tout enfant la perspective d’être respecté et aimé, et de revêtir, à terme, la figure de l’homme moderne[50].

 

 

 

Marie Barral-Baron

Université de Franche-Comté

Laboratoire des Sciences historiques EA 2273



[1] Norbert Elias, La civilisation des mœurs, Paris, Calmann-Lévy, (1ère édition 1973), 2015, p. 116 (première édition allemande : 1939).

[2] On peut consulter avec profit le texte de Jean-François Revel, « Les usages de la civilité », dans Histoire de la vie privée, Philippe Ariès et Georges Duby (dir.), vol. III, Paris, Éditions du Seuil, 1986, p. 169-209.

[3] Jean-Claude Margolin, « La civilité nouvelle. De la notion de civilité à sa pratique et aux traités de civilité », dans Alain Montandon (dir.), Pour une histoire des traités de savoir-vivre en Europe, Clermont-Ferrand, Association des Publications de la Faculté des Lettres et Sciences humaines de Clermont-Ferrand, 1994, p. 197.

[4] Voir notamment Françoise Loux, Pratiques et savoirs populaires : le corps dans la société traditionnelle, Paris, Publications Berger-Levrault, 1979. On peut aussi consulter Jean-Claude Margolin, « Les traités de civilité », dans Eva Kushner (dir.), L’époque de la Renaissance (1400-1600). Tome III : maturations et mutations (1520-1560), Amsterdam/Philadelphia, John Benjamins Publishing Company, 2011, p. 203.

[5] Jean-Claude Margolin, « La civilité nouvelle… », art. cit., p. 164.

[6] Le terme de civilitas est polysémique chez les auteurs antiques. Il peut désigner aussi bien l’art de gouverner les citoyens, que le fait de contrôler les mœurs collectives ou d’accéder à la civilisation. Une connotation plus juridique se dégage également de certains ouvrages, tels ceux de Cassiodore où le terme tend à désigner le « droit du citoyen ».

[7] Il existe de nombreuses traductions du traité de civilité d’Érasme. Dans cet article, on utilisera Érasme, La civilité puérile, Philippe Ariès (éd.), Paris, Éditions Jean-Pierre Ramsay, 1977, précédé d’une notice sur les livres de civilité depuis le XVe siècle par Alcide Bonneau, p. 19-22. On peut aussi consulter avec profit la traduction proposée par Franz Bierlaire : Érasme, La civilité puérile d’Érasme : petit manuel de savoir-vivre à l’usage des enfants : De civilitate morum puerilium libellus, Franz Bierlaire (traduction, édition et introduction), Bruxelles, La Lettre volée à la Maison d’Érasme, 1999. Jean-Claude Margolin propose aussi en traduction plusieurs passages du texte, notamment dans Érasme, Éloge de la Folie et autres écrits, Paris, Folio classique, 2010, p. 389-392 et Jean-Claude Margolin, « La ‘civilité puérile’ selon Érasme et Mathurin Cordier », dans Jean-Claude Margolin, Érasme : une abeille laborieuse, un témoin engagé, Caen, Paradigme, 1993, p. 157-183. En dernier lieu, on peut aussi consulter Le Code Érasme. Retour aux sources du parfait gentleman, Bruxelles, Soliflor, 2000.

[8] Marc Fumaroli, L’Âge de l’éloquence : rhétorique et « res literaria » de la Renaissance au seuil de l’époque classique, Paris, Albin Michel, 1994, p. 30.

[9] Érasme, Declamatio de pueris statim ac liberaliter instituendis. Étude critique, traduction et commentaire par Jean-Claude Margolin, Genève, Droz, 1966, p. 376-378.

[10] À ce sujet, voir Franz Bierlaire, « L’enseignement des bonnes manières à l’époque moderne », Réseaux. Revue interdisciplinaire de philosophie morale et politique, n°32-34 (1978), p. 23-32. Du même auteur, on peut aussi consulter « Erasmus at School : the De civilitate morum puerilium libellus », dans Essays on the Works of Erasmus, Richard L. DeMolen (éd.), New Haven/Londres, 1978, p. 239-251.

[11] Érasme, La civilité… op. cit., p. 95-97. Au sujet de ce passage, on peut consulter Jean-Claude Margolin, « La ‘civilité puérile’ selon Érasme et Mathurin Cordier », art. cit., p. 166.

[12] Sur ces questions, voir notamment Siegfried Elwitz, Civil und Civility. Eine wortgeschichtliche Untersuchung zweier Höflichkeitsbezeichnungen, Bonn ; Rheinische Friedrich-Wilhelms-Universität, 1973.

[13] Dans son traité, Érasme a recours très fréquemment à ce processus d’animalisation en comparant le dîneur grossier à une bête. Il convoque ainsi, comme autant de repoussoirs ridicules, le hérisson et le taureau, le singe (p. 61), (« porter des habits bariolés et de toutes sortes de couleurs, c’est vouloir ressembler aux baladins et aux singes », p. 72), le loup (p. 83), la cigogne (p. 85), le chien et le chat (p. 87) et bien sûr le porc (p. 88). Références issues de l’édition par Philippe Ariès, op. cit.

[14] Érasme, La civilité… op. cit., p. 100.

[15] Franz Bierlaire propose un recensement très utile de toutes les manières de se tenir à table proposées dans le De civilitate. Voir Franz Bierlaire, « Érasme, la table et les manières de table », Pratiques et discours alimentaires à la Renaissance (Actes du colloque de Tours, 1979), Paris, Maisonneuve et Larose, 1982, p. 147-160 et plus particulièrement p. 153-154.

[16] Érasme, La civilité… op. cit., p. 63. Voir également l’édition du texte de la civilité dans Le Code Érasme, op. cit., p. 90.

[17] Sur cette question du territoire que possède chaque homme, voir Robert Muchembled, « Pour une histoire des gestes (XVe-XVIIIe siècles) », RHMC, n°34 (1987), tout l’article est à lire, notamment p. 94-95. Voir également les travaux d’Erving Goffman, La mise en scène de la vie quotidienne. 1. La représentation de soi, Paris, Éditions de Minuit, 1974, p. 70.

[18] Norbert Elias, La civilisation… op. cit., p. 117.

[19] Ces comportements ressentis désormais comme naturels deviennent alors de véritables « techniques du corps » au sens où le définit Marcel Mauss. Voir Marcel Mauss, Sociologie et Anthropologie, Paris, Presses Universitaires, 1950, p. 365-386. On peut compléter cette réflexion par les travaux de Pierre Bourdieu sur la notion d’habitus et ceux de Michel Foucault sur le somato-pouvoir et la normalisation des corps qui abordent eux aussi la question du dressage corporel et le contrôle social qu’il manifeste. Pour une mise au point sur cette question du corps dans les sciences sociales, voir l’introduction par Dominique Mémmi, « La dimension corporelle de l’activité sociale », dans Sociétés contemporaines, « Le corps protestataire », n°31, (juillet 1998), p. 5-8.

[20] Erving Goffman, La mise en scène… op. cit., t. 1, p. 41.

[21] Voir Valérie Boudier, « Quand l’image invite à la civilité », dans La famille, les femmes et le quotidien (XIVe-XVIIIe siècles), textes offerts à Christiane Klapisch-Zuber, Paris, Publications de la Sorbonne, 2006, p. 403.

[22] Érasme, La civilité… op. cit., p. 79-81.

[23] Voir à ce sujet Norbert Elias, La civilisation… op. cit., p. 121 et 260-268.

[24] Érasme, La civilité… op. cit., p. 79.

[25] Ibid.

[26] Ibid.

[27] Voir la traduction proposée par Franz Bierlaire, op. cit., p. 33-35.

[28] Voir Michel Nassiet, La violence, une histoire sociale. France, XVe-XVIIIe siècles, Paris, Champ Vallon, 2011, notamment l’introduction et la partie intitulée « L’affrontement par le geste », p. 100-105.

[29] Norbert Elias, La civilisation… op. cit., p. 127. À cette expression de « processus de civilisation » d’Elias, Robert Muchembled préfère celle de « modernisation » des gestes et des comportements : voir Robert Muchembled, « Pour une histoire… », art. cit., p. 98. Il décrit cette acculturation des populations dans Robert Muchembled, Culture populaire et culture des élites dans la France moderne (XVe-XVIIIe s), Paris, Flammarion, 1978.

[30] Cité par Valérie Boudier, « Quand l’image invite à la civilité », art.cit., p. 403.

[31] Ce souci d’établir des règles de conduite pouvant s’appliquer à tous les humains fait du traité d’Érasme un texte unique au sein de la masse pléthorique de traités de civilité notamment italiens et français. Voir les remarques de Norbert Elias, La civilisation… op. cit., p. 164.

[32] Robert Muchembled, « Pour une histoire… », art. cit., p. 87.

[33] Voir Jean-Claude Schmitt, La raison des gestes dans l’Occident médiéval, Paris, Gallimard, 1990, p. 18.

[34] Cicéron, De officis, Paris, Les Belles Lettres, 1974, p. 152.

[35] Érasme, La civilité… op. cit., p. 97-99.

[36] Ibid., p. 98.

[37] Ibid., p. 11 et 15.

[38] Ibid, p. 20.

[39] À ce sujet, voir les travaux de Marcel Mauss, « Les techniques du corps », Journal de Psychologie, n°33, (mars-avril 1936) : voir le chapitre 1 intitulé « Notion de technique du corps », p. 5-10.

[40] Mark Franco, The dancing body in Renaissance Choreography (c. 1416-1589), Birmingham, Alabama, Summa Publications Inc., 1986.

[41] Jean-Claude Margolin, Érasme et la musique, Paris, Vrin, 1965, p. 23.

[42] Jacques-Paul Migne, Patrologiae cursus completus… Series graeca…, Paris, J.P Migne, col. 581.

[43] Jean-Claude Margolin, « La civilité nouvelle… », art. cit., p. 173.

[44] Marc Fumaroli, L’âge de l’éloquence… op. cit., p. 106-110.

[45] Cicéron, De l’orateur (De oratore), 3 vol., Paris, Les Belles Lettres, 1922-1930.

[46] André Chastel, « L’art du geste à la Renaissance », Revue de l’Art, n°75 (1987), p. 15.

[47] À ce sujet, voir Marie Barral-Baron, L’Enfer d’Érasme. L’humaniste chrétien face à l’histoire, Genève, Droz, 2014.

[48] Voir Jean-Claude Schmitt, La raison des gestes… op. cit.

[49] Érasme, La civilité… op. cit., p. 55.

[50] Les règles de civilité doivent être bien entendu complétées par l’éducation humaniste que développe, par exemple, Érasme dans son Institutio principis christiani. Voir à ce sujet la conclusion de Jean-Claude Margolin, « La civilité nouvelle… », art. cit., p. 176-177.