Tiphaine Gaumy - "Coup de chapeau" et sociabilité dans la première moitié de l'époque moderne

 

« Coup de chapeau » et sociabilité

dans la première moitié de l’époque moderne

 

 

 

Auteur : Tiphaine Gaumy

 

Résumés

 

 

 

 

 

     Le couvre-chef est un élément essentiel du costume de l’individu à l’époque moderne, se déclinant selon l’âge, le sexe, la fortune de son porteur, son goût et les circonstances dans lesquelles il est utilisé. Les femmes ont ainsi plutôt tendance à porter le chaperon puis la coiffe, les religieux et universitaires le bonnet carré, les enfants des béguins et toquets avant de passer dans le monde adulte en adoptant le chaperon pour les filles et le chapeau ou bonnet pour les hommes[1]. Au-delà de ses implications économiques et esthétiques, le couvre-chef à l'époque moderne est partie prenante des règles de sociabilité qui modulent les relations dans une époque de bouleversements politiques et religieux. Robert Muchembled relevait déjà la fréquence de mentions de chapeaux et de bonnets à l'origine de meurtres dans la Violence au village : près de leurs bonnets, les Artésiens sont sensibles aux marques de respect et en particulier au salut, une véritable institution dans cette société d'ordres et de hiérarchies[2].

 

     Le salut n'est pas un phénomène moderne ni strictement occidental : il s’agit de se présenter volontairement sans protection symbolique lors d'une interaction avec un tiers pour lui marquer son respect et sa confiance[3]. Pour Erving Goffman, le coup de chapeau ou le fait d’avoir le chapeau à la main sont des marques d’attention mutuelle polie, une sorte de garde-à-vous rituel[4]. Seuls les couvre-chefs féminins d’une part, et la calotte pour les hommes d’autre part[5], ne s’ôtent pas, mais il est possible de marquer son respect d’autres façons, comme avec la révérence, le masque ou encore la robe[6]. La question du « coup de chapeau » ou salut n'apparaît que tardivement dans les livres de civilité, ce qui complique la tâche de l'historien face aux normes et à la gestuelle. À l'origine relative à Dieu et à ses représentants – le roi -, la pratique du salut et de la tête nue face à un supérieur se démocratise peu à peu. Enfin, son application n'est pas sans être remise en cause, sur un plan général, avec les aspirations à l'égalité des protestants, et sur un plan particulier, dans le cadre d'ascension sociale et d'ambitions parfois démesurées.

 

 

Le salut selon les livres de civilité : une lente apparition ?

 

     Dans l'un des premiers traités de civilité de la Renaissance, le De civilitate morum puerilium d’Érasme de Rotterdam, publié en 1530 et destiné aux jeunes gens de bonnes familles, le salut n'apparaît qu'au travers de remarques isolées, tel le fait que l’on doive rendre le salut après un éternuement, que l’on se découvre en entrant dans une église ou que l’enfant doive se découvrir quand il se met à table ou désire en sortir[7]. Trente ans plus tard, Calviac consacre tout le chapitre « Rencontres », de sa Civile honesteté pour les enfants avec la manière d’apprendre a bien lire, prononcer et escrire, qu’avons mise au commencement, imprimée à Paris chez Richard Breton, à la gestuelle et aux conditions pour effectuer un salut. Dans cet ouvrage, la courtoisie médiévale tend à se confondre avec la civilité de la Renaissance :

 

« En ayant fley son genouil et osté son bonet de la main droite, il le tiendra bas en la gauche et sa main droite au bas de l’estomac avec les gans ou livre (s’il en has) ou autrement : car de tenir le bonet ou chapeau et chose semblable soubz l’aisselle, en saluant autry, est chose rustique, ou si bon luy semble il pourra tenir son bonet abaissé devant soy avec les deux mains, en faisant sortir ses deulx poulces joinctz ou l’un pres de l’aultre, dehors sur le bort du bonet[8]. »

 

L'une des constantes de ces ouvrages, tant au XVIe qu'au XVIIe siècles, est le respect à montrer à un supérieur, social ou en âge, par le biais du salut. On observe également un plus grand luxe de détails sur les façons de saluer au fil du temps. L’adaptation du Galatée pour les Jésuites du collège de La Flèche, sous le titre de Bienséance de la conversation entre les hommes, contient plusieurs chapitres à ce sujet et précise la manière de saluer « tournant le dedans du bonnet ou chapeau devers toy, fais leur la reverance, t’enclinant plus ou moins selon la qualité des personnes et la coustume des mieux apprins[9] ».

 

     Dans le Nouveau traité de la civilité qui se pratique en France à l’usage des honnêtes gens d’Antoine de Courtin, la question du salut par le chapeau est omniprésente quoique dispersée dans tout l'ouvrage, tandis que d'autres recommandations se raréfient, comme le remarque Norbert Elias à propos des manières de se moucher : soit leur assimilation et leur caractère d'autocontrainte a pour preuve cette raréfaction, soit il s'agit d'une marque de raffinement et de complexification supplémentaire par rapport aux époques précédentes ou bien encore de mises par écrit d’attitudes déjà intégrées aux codes sociaux[10]. Il n'y a qu'à comparer ce qu'Antoine de Courtin en dit par rapport à l'adaptateur du Galatée cité plus haut :

 

« Il est contre la civilité de dire à une personne au-dessus de vous de se couvrir, mais c’est aussi une incivilité, si vous vous couvrez vous-même, lorsque vous le pouvez faire à l’égard d’un égal ou inférieur, de ne point faire couvrir la personne avec laquelle vous parlez, quand elle serait de beaucoup votre inférieure, si elle n’est pas dans votre dépendance.

Et c’est ce qu’il faut observer particulièrement si ces personnes ont en elles quelque qualité qui mérite qu’on les ménage, comme si ce sont des ecclésiastiques ou des personnes âgées, et alors si on ne veut pas user de paroles de commandement, comme ”couvrez-vous, monsieur, soyez couvert, etc ”, on pourra prendre la circonlocution ”il fait froid ici, etc”, ou la familiarité, en disant par exemple : ”voulez-vous m’en croire ? Laissons là les façons, couvrons-nous”.

À votre égard, si vous êtes inférieur, il faut bien donner de garde, comme nous venons de marquer de dire à une personne supérieure de se couvrir, ou de vous couvrir vous-même, qu’après qu’il vous l’aura dit et il faut même résister honnêtement à ce commandement, si cette personne est de très grande qualité ; mais il ne faut pas le lui faire dire importunément trois ou autre fois.

Que si vous êtes de beaucoup supérieur, il ne faut pas presser de se couvrir une personne si inférieure, qu’elle ne pourrait le faire sans manquer à son devoir[11]. »

 

Tout est donc affaire d’équilibre et de diplomatie. Un peu plus loin, Antoine de Courtin complète ces propos dans le chapitre consacré à l’audience d’un grand :

 

« Il ne faut pas se couvrir, si elle ne le commande, il faut avoir ses gants aux mains et se tenir tranquille sur son siège, ne point croiser les genoux, ne point badiner avec ses glands, son chapeau, ses gants, etc, ni se fouiller le nez, ou se gratter autre part.

Que si elle éternuait, il ne faut pas lui dire tout haut, Dieu vous assiste, mais il faut seulement se découvrir si on est couvert, et faire une profonde révérence, faisant ce souhait intérieurement.

Que si cette personne nous avait fait couvrir, ce qu’il ne fallait faire qu’après son commandement absolu, il faut se découvrir quand dans le discours on parle d’elle ou de quelqu’un qui la touche, ou de quelque personne de la première dignité a laquelle cette personne qualifiée prend intérêt. Mais si à se découvrir souvent, cela l’importunait, et qu’elle nous le défendit, alors il faut se tenir couvert[12]. »

 

La maîtrise de ces codes indique l'intégration des normes sociales du moment. Les conditions du salut en revanche illustrent les hiérarchies sociales de l'époque.

 

 

Saluer Dieu et le roi

 

     Les mentions d'un salut envers Dieu, le supérieur suprême, et ses représentants est présent dans chacun des ouvrages de civilité, sans exception. Érasme, dans son De civilitate morum puerilium, au chapitre consacré à la manière de se conduire dans une église, met explicitement en parallèle le fait d’être découvert en présence d’un roi « qui n’est qu’un homme », et dans une église, « dans le temple où réside le Roi des Rois[13] ». L’adaptation du Galatée par les Jésuites de La Flèche présente une attitude que l'on retrouve traduite en images par Abraham Bosse :

 

« Entrant à l’eglise, incontinent et sans bruit l’on doit faire la reverence vers le grand autel, s’estant auparavant descouvert, et pris ayant prins de l’eau benite. […] Entendant nommer le nom de Jesu et de la vierge Marie, l’on doit leur faire reverance, en se descouvrant […] au temps de la predication et lecture qui se fait en public, c’est assez d’oster son chappeau pour la premiere fois, et toutes les fois que celuy qui presche, ou qui lit, se descouvrira[14]. »

 

On peut comparer l'écrit avec la gravure d’un Jeune homme, un genou en terre devant un autel, d’après un modèle de De Saint-Igny en 1629. Le jeune homme, revêtu à la dernière mode, a effectivement le genou droit sur un coussin et s’appuie des deux bras sur son genou gauche plié. De la main gauche il tient devant sa jambe son chapeau à plume, qu’il a ôté de sa tête, laissant voir une calotte telle qu’on la porte sous le chapeau au XVIIe siècle[15]. En réalité, l’ensemble de douze planches intitulé la Noblesse française à l’église et édité par De Saint-Igny vers 1629, dont fait partie l’estampe, montre des jeunes nobles tous tête nue, le chapeau dans la main gauche, quelle que soit leur activité dans cette église[16].

 

     L’attitude au moment des messes est plus difficile à appréhender en l’absence de descriptions précises de l’époque : les femmes sont toujours tête couverte, les hommes se découvrent-il durant toute la cérémonie ou à des moments particuliers, comme la lecture de l’Évangile ? En ce qui concerne les officiants, un document du XVIIIe siècle nous donne quelques explications, toutefois sans garantie que ces pratiques s’appliquent à Paris et aux siècles précédents. Les Rites et cérémonies a l’usage de l’église collégiale de Bourg-en-Bresse détaillent minutieusement chaque action du célébrant et de ses assistants suivant les temps de la célébration, et en particulier l’usage du couvre-chef. Ainsi « aux vêpres, le célébrant, ayant quitté sa chape derrière l’autel, retourne en habit de chœur par le côté de l’épître, quand il s’assoit, pendant l’antienne, il se couvrira du bonnet, a moins que le Saint-Sacrement ne soit exposé ». Le troisième dimanche de chaque mois, à la fin des complies et avant l’oraison, le président de chœur et ses deux chapiers descendent de leurs stalles, vont derrière l’autel quitter leur camail et prendre chacun une chape, se rendent tous les trois sans mitres ni bonnets devant l’autel en bas, font une génuflexion en compagnie des autres acteurs de la messe[17]. Pour ce qui touche à la mitre[18], un article complet, le XIV, lui est consacré et précise son port par chaque officiant :

 

« Le célébrant sera en mitre toutes les fois qu’il y aura diacre et soudiacre ; mais lui seul portera aux semi doubles majeurs et au dessous, et en cas le diacre et le soudiacre ne porteront pas de bonnets.

Aux doubles mineurs et au dessus les trois officians seront en mitres, et aux solempnels les chappiers.

Si le Saint-Sacrement est exposé, dez que le sou-diacre mettra le pié sur la marche du balustre, il se découvrira le diacre et le célébrant en feront de même en arrivant successivement au même endroit, et ne la reprendront plus qu’apres la Messe et au même endroit, si le Saint-Sacrement reste exposé, et au pié de l’autel si le Saint-Sacrement est fermé.

Dans tous les autres tems le célébrant et le diacre se découvrent au pié de l’autel, le célébrant donne sa mitre au diacre a tenir pendant qu’il est au bas de l’autel ; le diacre tiendra ces deux mitres contre la poitrine et entre les bras. Lorsque le célébrant monte a l’autel, il reprend la mitre, et la tenant dans sa main, il la quitte sur l’autel du côté de l’Epître, pour la reprendre lorsqu’il va s’asseoir, lorsqu’il va bénir le pain, et toutes les fois qu’il descendra pour assister au prône, et enfin lorsqu’il retournera au vestiaire ; mais il observera que, lorsqu’il la prend pour aller s’asseoir il ne doit la quitter avant de se lever, ce que les autres ministres observeront aussi.

Le diacre – s’il y a un cérémoniaire – garde sa mitre devant sa poitrine, en tenant les bras et les mains comme il sera dit dans la suite – article XV -, jusqu’à ce qu’il soit assis, la quittera avant que de se lever et la mettra sur son siege avant l’administration, pour ne la reprendre qu’apres la communion lorsqu’il a donné le calice au soudiacre, et la gardera devant sa poitrine jusqu’à la fin de la messe. S’il n’y a point de cérémoniaire, en faisant le tour de l’autel apres que le prêtre y est monté, il la quittera en passant sur son tabouret, apres avoir repondu Kyrie eleison, et la laissera la jusqu’à ce qu’il soit assis.

Le soudiacre ne se decouvre point en arrivant devant l’autel ni a sa place, il note la mitre que lorsqu’il passe a coté de l’autel du côté de l’Epitre, ou il fait la genuflexion en allant derriere l’autel pour preparer l’épitre, et avant que d’aller derriere l’autel, il la quittera sur la credence a coté du calice, et ne la reprendra que pour aller s’asseoir pendant la prose, s’il y en a une, ou a la fin de la messe, lorsqu’il a oté le messel du celebrant pour le mettre derriere l’autel, mais s’il y a des induts ou un ceremoniaire, il la prendra dez qu’il aura placé le calice sur la credence[19]. »

 

On observe la complexité des actions des célébrants et la diversité des attitudes selon les catégories, mais aussi la continuité d’attitude qui fait qu’en cas d’exposition du Saint-Sacrement et au moment de « saluer » l’autel, tous se découvrent. Il est jusqu’au pape qui se découvre en célébrant la Messe de Minuit, comme le rapporte l’auteur d’un Voyage de Provence en Italie en 1588[20].

 

     Dans les couvents, les indications en matière de couvre-chefs sont tout aussi rares. Les Feuillants semblent y avoir attaché une grande importance, du moins dans les Réglements et exercices des postulants et novices de l’ordre des Feuillants à l’usage du noviciat du monastère de Saint-Bernard à Paris, pour deux moments en particulier, le repas et le chapitre. En entrant dans le réfectoire, pour le déjeuner et le dîner, les novices doivent se découvrir, se rendre à leur place, s’incliner face à l’image, puis se recouvrir avant de recevoir du supérieur l’ordre de commencer le bénédicité, tête nue, puis ils s’assoient, se recouvrent et mangent. À la fin du repas, ils se découvrent de même au moment de la récitation du Dira in antem, répondent Deo gratia, puis se lèvent pour quitter le réfectoire, sans mention sur le port du couvre-chef sur la tête. En hiver, les frères ont le droit de rester couverts pendant le miserere. Si le repas n’est pas encore prêt à leur arrivée, après s’être inclinés devant l’image, ils attendent en silence, tête couverte, avant de réciter le bénédicité tête nue. En ce qui concerne le chapitre, les prescriptions sont moins précises : ils doivent se découvrir lorsqu’on les appelle, en faisant une petite inclinaison de la tête. Une mention spéciale est faite à propos des novices malades : les prescriptions en matière de salut sont tempérées et conditionnées à leur résistance, car « ils se découvrent au gloria patri et autres endroits de l’office où le chœur se tient descouvert, ils se decouvriront pourveu que cela ne puisse nuire à leur santé[21] ».

 

     La présence d’un crucifix ou le fait d’être dans un lieu sacré n’est pas obligatoire. Il suffit que l’occasion revête un caractère religieux pour que le fait de se découvrir s’applique. Dans une gravure d’Abraham Bosse, faisant partie de la série des Œuvres de miséricorde, le personnage qui se découvre le fait à l’occasion du passage d’un convoi funèbre. Les membres du convoi portent tous un couvre-chef, sauf les moines qui soutiennent la bière et qui vont la capuche sur les épaules. À l’instar du passage du Saint-Sacrement, la population masculine semble avoir dû se découvrir devant les convois funéraires rencontrés en chemin[22]. La bénédiction de la table, telle qu’Abraham Bosse nous la propose dans une autre estampe, gravée vers 1635, se passe ainsi dans un cadre privé et laïque, à l’orée d’une action quotidienne des plus triviales. L’ambiance est cependant au recueillement religieux : attablés avec le père de famille au centre de la gravure, les hommes à droite du père, les femmes à sa gauche, tous ont les mains jointes et remercient Dieu pour le repas. Les jeunes filles ne portent pas de voile semble-t-il, et la mère, portant une sorte de chaperon, ne l’a pas ôté. Les hommes en revanche ont tous enlevé leur chapeau, qu’ils tiennent serré contre eux, et qu’ils vont remettre une fois la bénédiction terminée[23]. Le serviteur est également tête nue, son couvre-chef hors du champ, et les mains jointes[24]. Seules les scènes de tavernes montrent une pratique différente. On y trouve de temps à autres des soldats et des paysans attablés, qui ont déposé leurs couvre-chefs sur la table ou une chaise, afin d’être plus à l’aise, et non par marque de respect.

 

     Jusque sur son lit de mort, Étienne Pasquier prend encore grand soin de se découvrir avant de prier et de recevoir le dernier Sacrement. Dans une de ses lettres adressées à un ami de la famille, son fils détaille les derniers instants et la dernière prière de son père en ces termes :

 

« Et a quelques heures de la, le curé luy apporta le corps de Nostre Seigneur, qu’il reçut avec une devotion non commune. Il osta son bonnet[25] de sa teste, se sousleva en haut sans ayde, et devant et apres pria Dieu les mains jointes, et les yeux tendus vers le Ciel[26]. »

 

Le roi profite de sa qualité de supérieur temporel et d'élu divin en termes de salut, mais avec quelques différences. En effet, si le roi est salué, il salue aussi et doit composer avec les représentants d'autorités supérieures, ou du moins, égales. 

 

     Contrairement à ce que l'on pourrait penser, le protocole curial est très peu explicite sur la façon de saluer le roi : les règles consignées dans les recueils de civilité semblent suffire dans un premier temps. En matière d'ambassades, en revanche, les recueils de civilité ne peuvent suffire : selon Giora Sternberg, Louis XIV n’aurait cherché à édicter des codes cérémoniaux qu’à partir de 1710, suggérant que les usages étaient moins codifiés que ce qu’on aurait pu croire, un peu avant que les querelles de préséances se multiplient à la Cour, notamment avec les princes légitimés[27]. Ainsi le Cérémonial diplomatique des cours de l’Europe, paru en 1739, décrit notamment le protocole au moment d'une audience royale d'un ambassadeur, dont les révérences et coups de chapeaux sont minutieusement décrits, tout comme ceux du roi : à la première révérence, le roi ôte son chapeau au même moment et se met debout, et à la troisième, après laquelle l'ambassadeur pénètre à l’intérieur du balustre, le roi lui fait signe de se recouvrir, moment où les Princes et les officiers présents dans la chambre font de même. Au cours de la conversation, à chaque fois que le nom de « votre majesté » ou celui du « roi mon maître » est prononcé, l’ambassadeur ôte son chapeau et le roi fait de même, en signe de remerciement et de respect[28]. En matière d’audiences particulières, qui se déroulent généralement dans le cabinet du Roi, le roi se tient debout, tête nue et sans gants, tandis que son chapeau est sur la table car, selon Dangeau, « quand le roi veut être découvert, il ne prend jamais son chapeau à la main, et dès qu’il le prend à la main il se couvre », tandis que l’ambassadeur peut désormais parler la tête couverte, puisqu’il a présenté de façon officielle sa lettre de créance et peut par cet acte discuter d’égal à égal avec le roi[29]. Le roi se distingue par un chapeau dont il ne se découvre que rarement, les princes par le fait qu’ils ont la permission de se couvrir après que le roi l’a fait[30]. On ignore quand ces protocoles se sont précisément mis en place, mais il semblerait qu’ils soient le fruit d’une longue maturation depuis la fin du Moyen Âge, à la fois par imitation et par souci de distinction entre les différentes cours.

 

     Dans les rapports avec les parlements, l'usage du chapeau et du salut est encore très important. La relation de la cérémonie de 1564 à Bordeaux, en présence de Charles IX et de sa mère dans le cadre de leur Tour de France royal, note avec précision le déroulement de la séance tenue au parlement. Après le descriptif du costume des différents officiers, où le couvre-chef permet notamment de les distinguer, les gens de justice portant mortiers pour les présidents, chaperons fourrés pour les avocats, chaperons à bourrelet pour les procureurs, chaperon de satin cramoisi pour le recteur de l’université et chapeau de satin cramoisi rouge et blanc pour les six jurats, le ballet des couvre-chefs est scrupuleusement noté au fil des discours : tout le monde est découvert et debout lors du discours du roi, y compris le chancelier avant que le roi ne les autorise à se recouvrir pour la suite des discours, mais tous restent couverts lors du discours du chancelier qui précède sa harangue d’un salut à l’égard du roi, et qui à la fin reçoit le salut des conseillers. Pour le discours du président, les conseillers et le président semblent s’être découverts. Le chancelier continue de se tenir tête nue quand il s’adresse à la reine mère, au prince d’Orléans et aux autres princes mais il se couvre au moment de parler au duc de Guise. À la fin de la cérémonie, passant devant les conseillers, il leur adresse quelques mots et se découvre de nouveau devant eux, à quoi ils répondent en se découvrant également, puis tous se recouvrent en même temps[31]. Le ballet est le même cinquante ans plus tard, toujours à Bordeaux, lors de la séance parlementaire qui suit l’entrée royale du jeune Louis XIII et de sa jeune femme[32].

 

     Le cas des princes est un peu particulier. Les princes du sang, en tant que membres de la famille royale, sont privilégiés en matière de chapeau, comme on a pu le voir dans le récit des audiences aux ambassadeurs, ou encore dans ces paroles tirées des Mémoires de Michel de Marolles à propos du duc d'Orléans lors du lit de justice pour la majorité du roi Louis XIV, qui ne s'exprime qu’« ayant salué sa majesté de la teste et du chappeau, et s’estant recouvert[33] ». Les Princes ont en effet ce privilège de se recouvrir en présence du roi après lui avoir marqué leur respect. D'autres ont acquis ce privilège par hasard pourrait-on dire, ou plutôt par jurisprudence. Alors que Henri IV reçoit un ambassadeur espagnol peu au fait des coutumes françaises en matière de salut puisqu'il se recouvre sans attendre l'autorisation royale, le roi donne l'ordre à monsieur le Prince, monsieur de Mayenne et monsieur d'Épernon de se couvrir également. L'usage est conservé par leurs descendants et élargis aux Longueville et à la maison de Savoie. « Telle est l'origine de ce qui s'appelle le chapeau, et ce chapeau, de si grand hasard pour M. d'Épernon, lui valut, et à ses fils et à son petit-fils, le rang et les honneurs des princes étrangers, quelque peu bien qu'il fût dans le goût et les bonnes grâces d'Henri IV » comme l'écrit Saint-Simon. Si Monsieur le Prince est bien prince du sang, il n'en va pas de même pour les Épernon et les Mayenne. Saint-Simon a une dent particulière contre l'affilié de ces derniers, qui s'est arrogé le privilège mais aussi une charge que convoitait son père : cette explication sur le « chapeau » sert de commentaire à la tapisserie des Gobelins représentant l'audience du cardinal Chigi en 1664, dans laquelle le comte d'Harcourt est représenté tête couverte, une véritable hérésie selon Saint-Simon[34].

 

     Dans tous les cas se découvrir devant le roi est un acte de respect que bien peu de personnes omettent de faire. Dans le cas où ce sont les représentants des États qui s’adressent au roi, ils le font bien évidemment tête nue : les ecclésiastiques, tant cardinal, évêque que simple clerc, se découvrent dans la version de leur harangue aux États de Blois réunis par Henri III du Carmen de tristibus Galliae, tout comme les représentants du tiers état ainsi que les représentants calvinistes[35]. Les serviteurs officient la tête découverte : dès 1532, pour l’entrevue entre François Ier de France et Henri VIII d’Angleterre, l’Ordre des ceremonies observees des rois de France et d’Angleterre du 21 au 29 octobre 1532, note scrupuleusement l’attitude que doivent avoir les serviteurs, à savoir qu’ils doivent servir les princes têtes nues et à genoux[36], peut-être à la mode anglaise, dont Vieilleville témoigne vers 1547 en voyant qu'à la cour anglaise « les enfants d’honneur et pages de la chambre […] ont seulement les testes nues portants le service[37] ». En réalité, ce phénomène rencontre des résistances en France : en septembre 1574, le roi statue sur le service à sa table qui doit s’effectuer tête nue[38]. Cette attitude est en tout cas bien représentée dans le Festin des chevaliers du Saint-Esprit, gravé par Abraham Bosse en 1633-1634. Pour ce festin de l’ordre tel qu’il s’est déroulé le 14 mai 1633, dans la salle de bal du château de Fontainebleau, le roi est attablé seul, dos à la cheminée, le chapeau en tête. Il est servi par six personnes tête nue, à l’exception d’un seul, posté derrière le roi, et qui conserve le bonnet de l’ordre sur la tête. Sur les deux côtés de l’estampe les chevaliers de l’ordre sont attablés et mangent, ayant chacun le bonnet de l’ordre en tête. On distingue cependant sur la table de gauche quatre ecclésiastiques, aisément reconnaissables au bonnet carré qu’ils arborent. Les serviteurs sont là aussi tous tête nue, qu’ils soient jeunes ou âgés. Seul le garde à la pique au milieu de l’estampe tient son chapeau à plume de la main droite[39].

 

     Henri IV cherche à aller encore plus loin. En janvier 1608, dans une lettre adressée à Peiresc, Malherbe rapporte la décision que le roi de France fit que « tout le monde, en son absence même, fût tête nue en sa chambre et en son cabinet » et son inapplication car « à une heure de là tout y étoit couvert, jusques aux garçons de la chambre[40] ». Cette remarque témoigne d’une évolution importante dans la conception du salut et de l’autorité royale qui se renforce à la fin des guerres de Religion et qui commence à monopoliser à son profit l’honneur et ses manifestations[41] : on passe de l’honneur à la personne physique du roi à l’honneur au symbole de la royauté, ici matérialisé par l’espace de la chambre, même en l’absence du roi, sur le même modèle que les symboles religieux à la même époque. Le duc de Soubise Benjamin de Rohan, retranché dans Saint-Jean-d'Angély, est loin d'y souscrire et se fait admonester par le héraut d'armes du roi le 3 juin 1621, alors que le roi assiège la ville et attend l'ouverture des portes. Arnauld d'Andilly rapporte le discours du héraut :

 

« Nous estans apperceus qu’il n’estoit au devoir d’un subject et vassal qui doit recevoir les commandemens de son roy et souverain seigneur et maistre en toute sorte d’humilité, respect et rettenue, nous luy avions commandé de se descouvrir et tenir son chappeau a la mains en ces termes : " tu manques a ton devoir, tu dois etre descouvert te parlant et voullant parler de la part du roy ton maitre et avoir le chappeau en la main " a quoy ayant volontairement obey et avec excuse de sa faucte, nous luy aurions a haulte et esclatante voix dit […][42]. »

 

Un autre phénomène est que cette pratique du service tête nue se démocratise au XVIIe siècle tout du moins. Le Repas en famille qui illustre l’âge de virilité dans la gravure éponyme d’Abraham Bosse offre lui aussi le spectacle de serviteurs tête nue, hors du contexte du bénédicité, tandis que les convives sont couverts[43]. Les deux vers d’une satire de Mathurin Régnier, « un vallet se levant le chapeau de la teste / nous vint dire tout haut que la souppe estoit preste[44] », renvoient à la même réalité. Deux autres gravures, tirées du Théâtre de France, contenant la diversitez des habits selon les qualités et conditions des personnes et gravées par Isaac Briot en 1629 sur des modèles de De Saint-Igny sont explicites sur l’attitude des pages hors du contexte de table. Dans la première, intitulée Vestement et action d’un page respondant aux demandes d’un seigneur qui le rencontre faisant ses exercices au jeu de paume ou allieurs - une raquette et deux balles de paume sont les seuls éléments décoratifs – le jeune page de face, galamment habillé, a été interrompu lors de sa partie de paume et tient  son chapeau à la main droite, les plumes touchant le sol : il s'est découvert devant son maître, un noble très probablement, dans l’attente de ses commandements[45]. La seconde estampe, Vestement d’un page en action de faire une responce qui luy est demandee de loing ou de recevoir une surcharge d’un nouveau commandement, est dans une attitude similaire à la précédente, quoique de dos et le chapeau dans la main gauche. Le fait de parler ou tendre un objet à un supérieur tête nue est également un topos de la littérature et de l'iconographie. Il n’y a pas jusqu’au maître devant qui le petit apprenti doit se découvrir quand il lui tend un objet, tel cet apprenti qui tend au Noble peintre gravé par Abraham Bosse vers 1642 la gravure du Peintre raté d’Andries Both. Le geste de son autre main semble indiquer que cette gravure a été apportée par une personne qui attend hors du cadre de l’œuvre, peut-être un collègue du peintre, et que l’apprenti attend la réponse de son maître[46]. Les scènes d’école illustrent le même phénomène. La sage classe du Maître d’école gravée par Abraham Bosse montre dans le coin inférieur droit le maître faisant réciter un de ses élèves, la verge à la main, les lunettes sur le nez et un grand chapeau en tête. L’élève se tient modestement devant lui, la jambe gauche avancée, et le chapeau contre la poitrine, serrant le bord de sa main droite dans une attitude concentrée. Derrière lui, deux autres garçons attendent leur tour, le premier ayant ôté son chapeau, le second, plus éloigné, le conservant encore en tête[47].

 

 

Le salut comme marque de tensions

 

     L'importance du salut dans le cadre des relations sociales se mesure à la fréquence des mentions dans les récits de l'époque : ces mentions sont toujours significatives, qu'il s'agisse d'indiquer la maîtrise des codes sociaux, la vertu ou magnanimité de celui qui salue, ou au contraire son arrogance, l'impact apaisant ou belliqueux d'un coup de chapeau mal ajusté. Dans une époque de tensions religieuses et sociales, le chapeau est minutieusement scruté.

 

     Dans la région artésienne, que Robert Muchembled a étudiée au travers des lettres de rémissions des XVIe et XVIIe siècles, soixante-dix neuf cas mentionnaient des chapeaux et bonnets à l'origine d'un conflit : dans le cadre d’accès de violences, la tête est un objectif privilégié et, à ce titre, ce qui est porté sur la tête apparaît par ricochet dans les archives, comme obstacle au coup ou victime de ce dernier. Nicole Doynet exprime la même idée : « entre roturiers de rang équivalent, le chapeau est la cible du geste d’offense ou bien prolongement du bras, l’outil de la relation par excellence[48] ». Il est aussi question de salut et de réciprocité. Le 30 juillet 1614, sur le chemin menant de Fouquières-les-Béthune à Béthune, un noble homme du nom d’Antoine de Gourlay croise un tisserand de toile ivre, qu’il ne salue pas de son chapeau. L’homme ivre prend cette attitude pour une injure et une marque de mépris. Il l’accuse « de ne s’estre deffulé ou osté le chapeau devant luy, soubz vantise qu’il faisoit d’estre soldat[49]. »

 

     Dans un autre contexte, les protestants, par le refus de se découvrir devant les autorités ecclésiastiques revendiquent leur indépendance par rapport au catholicisme. Arlette Jouanna rappelle à juste titre que la division confessionnelle a posé le problème de la soumission du sujet à un ordre contraire à sa foi et a renforcé le lien entre péché et déshonneur[50]. Un orfèvre de Troyes, nommé Claude Portesain, a été immortalisé par Nicolas Pithou qui a raconté sa mort. En 1558, l’orfèvre passe devant le grand portail de Notre-Dame de Troyes, sans enlever son bonnet, ce qui est remarqué et qui lui vaut d’être mis en prison et de voir sa maison pillée. En prison, après son refus d’assister à la messe, il est battu à mort par les autres prisonniers. D’après le récit de Nicolas Pithou, son attitude devant le portail de Notre-Dame de Troyes était donc consciente, puisqu’il persévère dans le protestantisme en prison[51].

 

     Le fait même de se découvrir devant le symbole de l’autorité, en l’absence de la personne elle-même, comme devant une croix ou une image de saint, est condamnable selon le protestant qui assimile cette pratique à de la superstition. En témoigne la Réponse d’un fidèle catholique composée par Artus Désiré en 1550 qui précise les raisons de ces gestes :

 

« Or viens ça si en ton chemin,/ Trouves un gibet ou potence,/ Tu ne fais nulle révérence,/ A cela, pourquoy c’est du boys,/ Et si tu trouves une croix./ Pour l’amour de nostre Seigneur Ton bonnet ostes par honneur/ En te prosternant contre terre./ Ce n’est pas doncques pour la pierre/ Ne pour le boys ce que tu fais,/ Mais pour Dieu et ses sainctz parfaictz/ Qui sont honnorez en cela […]. »

 

L’auteur revient sur les circonstances dans lesquelles on doit se découvrir devant un symbole de l’autorité. Si on ne le fait pas devant une potence au contraire d’une croix, alors que toutes les deux sont de bois, ce n’est pas parce qu’on cherche à honorer l’objet en bois mais le contenu religieux qu’il véhicule, à savoir la présence divine ou sainte. On note la différence entre les deux symboles de l’autorité selon Artus Désiré : l’autorité royale, quoique puissante, ne mérite pas d’être honorée en l’absence physique du roi ou de ses officiers, à la différence de la croix, symbole de l’autorité catholique, supérieure à l’autorité laïque, et qui fait appel à une présence invisible[52].

 

     Le refus de salut est aussi une question sociale et politique. La littérature présente plusieurs cas de présomptueux, dont l'arrogance se manifeste par ce biais. Un de ces présomptueux n’est autre que le maréchal d’Ancre, qui a connu une ascension fulgurante grâce à la faveur de la reine Marie de Médicis avant de perdre dramatiquement la faveur royale et la vie. Une des lettres de Nicolas Pasquier, le fils d’Étienne, illustre les défauts du personnage à travers deux anecdotes, dont l’une concerne son couvre-chef. Le maréchal d’Ancre se permet de ne pas se découvrir au passage de la cour du Parlement qui se promène dans la galerie des merciers, ce qu’elle prend assez mal. Un des présidents le découvre de force. La seconde anecdote met en avant un autre élément du costume du gentilhomme, les éperons, que le maréchal d’Ancre ne retire pas en entrant dans la salle du Palais où il blesse un certain nombre de personnes[53]. Un autre présomptueux est le marquis de La Vieuville, surintendant des finances brocardé en 1624. L’auteur Fancan relate son attitude en société en insistant sur son arrogance et l’obséquiosité contrainte des courtisans mais non payée en retour d’un simple salut : « vous traversez au sortir de vostre chambre une gallerie et une salle aussi pleine d’hommes que vostre teste de fantaisies, sans vous tourner vers personne, non plus qu’une image que l’on porte en procession : par veneration tout le monde oste le chappeau, et fait des reverences, qu’elle ne rend point[54]. »

 

     En effet, la réciprocité du salut est de mise, même entre personnes de conditions différentes. Les récits des évènements royaux ne manquent pas de repérer les saluts que le roi accorde à ses sujets. Ainsi à l’occasion des états généraux de Blois en 1574, avant de commencer son discours, Henri III a « levé son bonnet a l’honneur de l’assistance[55] ». L’ambassadeur vénitien Jérôme Lippomano rapporte aussi que lorsque le roi se rend à ses conseils, il ôte son bonnet en y entrant en signe de respect avant de se recouvrir[56]. Le 5 août 1649, Olivier Le Fèvre d’Ormesson note que le roi, « ayant presque toujours la main au chappeau », se promène dans sa ville, entre la cour du palais cardinal et les Jésuites de la rue Saint-Antoine, ce qui à l’issue de la Fronde est une marque d’apaisement qui ne peut qu’adoucir les relations entre le jeune roi et le peuple de sa capitale[57]. Ce ne semble pas être le cas de tous les souverains européens : lors de l’échange des princesses de France et d’Espagne en octobre 1615, le roi d’Espagne est décrit physiquement mais il frappe surtout le scripteur français par le fait « qu’il ne regarde personne, ne salue personne, n’oste jamais son chappeau », contrairement au roi de France. Plus que du chauvinisme de la part du scripteur, ce sont d'autres mœurs que les françaises[58].

 

     La Fronde semble être un moment particulièrement fécond pour les conflits de salut. Lors de la rencontre entre le héraut d’armes du roi et les présidents et conseillers du Parlement en 1648, « ils l’avoient salué (le héraut d’armes) sans qu’il mist la main à la toque, qu’ils s’estoient recouverts, apres avoir commencé a parler, sans qu’il le leur dist », ce qui déséquilibre l’échange entre eux et brise les rituels de conversation auxquels les magistrats étaient habitués[59]. Toujours pendant la Fronde, c’est le cardinal Mazarin qui fait les frais du mécontentement des députés du Parlement venus au château de Saint-Germain-en-Laye le 25 septembre 1648 : « monsieur le cardinal les ayant salué tres humblement, ils se contenterent de payer sa civilité d’un petit signe de teste sans oster leur chappeau[60]. »

 

     En ce qui concerne Bassompierre, le conflit l'oppose au duc de Buckingham qui interrompt la conversation qu'il a avec le roi d'Angleterre en 1626, en tant qu'ambassadeur français. Voici comment il exprime son mécontentement en jouant avec les règles du salut et en feignant une modestie extrême :  

 

« Il (le duc de Buckingham) partit de la main et se vint mettre en tiers entre le roy et moy, disant "je viens faire le holla entre vous deux" lors j'ostay mon chapeau et qu'il fit avec nous ne le voulus remettre quelque instance que le roy et luy m'en fissent puis quand il fut retiré je le remis qans que le roy me le dit. Quand j'eus achevé et qu'il put parler a moy le duc me dict pourqoy il ne m'avoit pas voulu courir luy estans et que n'y estant pas je m'estois sy franchement couvert je luy respondis que je l'avois faict pour luy faire honneur parce qu'il ne se fut pas couvert et que je l'eusse esté, ce que n'eusse voulu souffrir dont il sçait bon gré. Mais j'avois encores une aultre raison pour le faire qui estoit que ce n'estoit plus audiance mais conversation particuliere puisqu'il l'avoit interrompue se mettant en tiers[61]. »

 

Le conflit autour du salut va trouver son point d'orgue dans l'affaire opposant les gens du Parlement aux Pairs de France au XVIIIe siècle. Elle est loin de pouvoir être considérée comme relevant d’une susceptibilité insignifiante, notamment à la lumière du conflit qui va opposer les parlements à la royauté au cours du siècle. En novembre 1714 les Pairs présentent une requête au roi, pour se plaindre de ce que le président du Parlement ne leur ôte pas son bonnet ni ne leur demande leur avis sur la question lorsqu’ils sont présents aux séances du Parlement. Le conflit serait né en 1688, quand l’évêque-comte de Châlons prenait son siège sans les saluer, le bonnet sur la tête, ce que le duc d’Uzès continue notamment de faire au début du XVIIIe siècle suivi en cela par les autres Pairs. Cette affaire semble relever d’une question de préséance entre la noblesse au service du roi et les gens du Parlement au service de la Justice, ces derniers se plaçant sur le même pied que les Pairs, alors que comme ils le rappellent dans leur requête « il a bien voulu élever a la première dignité de son état » les Pairs de France par rapport aux parlementaires[62].

 

     Pour éviter les embarras, deux solutions s'imposent. La première est d'obtenir une dérogation, un privilège, à l'instar de Monsieur le Prince, du duc de Mayenne et de Monsieur d'Épernon sous Henri IV. Cette pratique s’observe également ailleurs en Europe. Dans les Grands capitaines étrangers, Brantôme rapporte une anecdote à propos de Dom Antoine de Lève - Antonio de Leyva -, fils d’Antoine de Lève, qui avait pour ambition de rester tête couverte dans la chambre de l’empereur Charles Quint, preuve que cette faveur n’était pas insignifiante.

 

« J’ai leu dans un livre que l’une de ses plus grandes ambitions fut celle qu’il pût avoir la teste couverte en la chambre de l’empereur, comme les plus grandz d’Espaigne avoient ce privillege, ce qu’il ne peut jamais obtenir, disant souvant a aucuns de ses amis qui luy demandoient quelquesfois en la chambre dudict empereur comment se portoient ses jambes : ”hélas ! ce ne sont pas les jambes, disoit-il, qui me font mal, mais la teste”, desirant fort qu’il eust cet heur et honneur de se tenir couvert, pour estre compagnon des autres, ou bien que les humeurs de la teste tumbassent sur ses jambes, et le rendissent ainsi goutteux ; mais c’estoit a la gloire, a laquelle il aspiroit plus, que de se tenir couvert avec les autres grandz seigneurs et princes d’Espaigne. »

 

L’ambition du personnage et la dernière phrase de Brantôme attestent que cette marque de faveur, accordée naturellement aux Grands d’Espagne, quand elle l’est à un moindre noble marque son ascension sociale. La « gloire » dont parle Brantôme n’est pas la gloire militaire qu’a pu acquérir Antoine de Lève, mais la gloire d’égaler ces Grands d’Espagne, la meilleure noblesse du royaume de Charles Quint, par le biais de ce chapeau[63].La deuxième solution, moins conflictuelle, est alors de multiplier les saluts, jusqu'au ridicule : dès 1624 Guez de Balzac décrit le royaume de France, comme « un pais ou les chapeaux n’ont point esté faicts pour couvrir la teste et ou tout le monde devient bossu a force de faire des reverences »[64].

 

 

Conclusion

 

     La pratique du salut mérite également d'être repensée dans un cadre extra-européen, comme les quelques exemples étrangers et les récits d'ambassades le suggèrent, afin d'apprécier les nuances dans les relations sociales selon les pays. Dans son étude des rituels sociaux dans l’Europe du début de l’époque moderne, Edwar Muir note que « les usages rituels du chapeau étaient connus. Pour remercier avec respect une personne socialement supérieure, un homme devait ôter son chapeau et se pencher suffisamment pour balayer le sol avec. On se découvrait aussi à la lecture d’une lettre d’une personne mieux placée dans la hiérarchie sociale, et même lorsque le nom du roi ou du pape venait dans la conversation », aussi les usages semblent-ils identiques aux Français de la même époque[65].

      

Ce qui semblait donc une collection de motifs anecdotiques se révèle riche en significations et essentiel pour la compréhension de la sociabilité à l'époque moderne, et les sources suffisamment abondantes pour traiter la question. Dans cette société fortement hiérarchisée, les relations via le couvre-chef complexifient le tableau des échanges en raison de nuances d'utilisation et de la réciprocité attendue. L'affirmation de la position sociale passe par une pratique adaptée du salut, que le sujet soit actif ou passif selon son interlocuteur. La longévité du salut et de l'honneur au travers du couvre-chef témoignerait de l'importance de la question s'il en était encore besoin : le salut est si intimement lié au couvre-chef que quand ce dernier tombe en désuétude, Madame Astruc se demande, en 1957, « comment, à l’ère où nous vivons, décrire encore le rituel du salut, puisque les filles et garçons ont pour la plupart renoncé à porter un couvre-chef[66] ». Nul doute cependant qu'une étude plus approfondie des usages aux XVIIIe et XIXe siècles permettrait d'étudier les évolutions sociales à l'aune d'un simple chapeau.

 

 

Tiphaine Gaumy

Archiviste paléographe

Post-doctorat à l’Université de Caen, ANR-CURR

 



[1]Pour de plus amples explications sur les différents couvre-chefs à l'usage des Parisiens dans la première moitié de l'époque moderne, voir Tiphaine Gaumy, Le Chapeau à Paris. Couvre-chefs, économie et société, des guerres de Religion au Grand Siècle (1550-1660), thèse de doctorat sous la direction d'Olivier Poncet, Ecole nationale des Chartes-Paris IV Sorbonne, 2015, dactylographiée.

[2] Robert Muchembled, La Violence au village : sociabilité et comportements populaires en Artois du XVe au XVIIe siècle, [Paris], Brepols, 1989, p. 167-183.

[3] Robert Jacob, Images de la Justice : essai sur l’iconographie judiciaire du Moyen Âge à l’âge classique, Paris, Le Léopard d’or, 1994, p. 84. L’auteur fait un parallèle entre le fait de se découvrir la tête et d’ôter son gant.

[4] Erving Goffman, La Mise en scène de la vie quotidienne, tome II, les Relations en public, Paris, Éditions de Minuit, 1973, p. 98-99.

[5] D’après le sieur Laurens, auteur de la Calotte en 1629, Bibliothèque nationale de France [BnF].

[6] « a l’égard des dames, il est bon de savoir qu’outre la révérence qu’elles font pour saluer, il y a le masque, les coiffes et la robe, avec quoi elles peuvent témoigner leur respect. Car c’est par exemple, incivilité aux dames, d’entrer dans la chambre d’une personne à qui elles doivent du respect, la robe retroussée, le masque au visage et les coiffes sur la tête, si ce n’est une coiffe claire », Antoine de Courtin, Nouveau traité de la civilité qui se pratique en France à l’usage des honnêtes gens. Présentation et notes de Marie-Claire Grassi, Saint-Étienne, Presses universitaires de Saint-Étienne, 1998, p. 67-68.

[7] Érasme, Savoir-vivre à l’usage des enfants (De la civilité puérile), traduction par Alcide Bonneau, Paris, Arléa, p. 18, p. 33, p. 39 et 52.

[8] Calviac, Civile honesteté pour les enfants avec la manière d’apprendre a bien lire, prononcer et escrire, qu’avons mise au commencement, chez Richard Breton, 1560, p. 27-28.

[9] Anonyme, Bienséance de la conversation entre hommes, Rouen, 1618, p. 25, 48-51.

[10] Cité dans Philippe Ariès et Georges Duby (dir.), Histoire de la vie privée, Tome 3, de la Renaissance aux Lumières, Paris, Éditions du Seuil, 1999, p. 188-189.

[11] Antoine de Courtin, Nouveau traité de la civilité... op. cit., article VI.

[12] Ibid, article VIII, p. 82-85.

[13] Érasme, op. cit., p. 33-34.

[14] Bienséance de la conversation entre les hommes, 1618, Rouen, p. 20 et 24.

[15] BnF, Estampes, collection Hennin, tome XXVI, n°2248.

[16] BnF, Estampes, collection Hennin, tome XXVI, n°2242 à 2247.

[17] Joseph Brossard, « Regeste ou mémorial historique de l’Eglise Notre-Dame de Bourg, depuis les temps les plus anciens jusqu’à nos jours, troisième partie, rites et cérémonies à l’usage de l’Eglise collégiale de Bourg-en-Bresse », Annales de la société d’émulation de l’Ain, 1897, janvier-février-mars 1897, p. 271-273.

[18] Pour l’historique de la mitre et sa symbolique au Moyen Âge, voir la thèse de Nadège Bavoux, Sacralité, pouvoir, identité. Une histoire du vêtement d’autel (XIIIe-XVIe siècle), sous la direction de Dominique Rigaux, Université de Grenoble, 2012, p. 56-60 et tableau n°2 p. 116-117.

[19] Joseph Brossard, art. cit., p. 298-299.

[20] BnF, ms fr. 5550, fol.14.

[21] BnF, ms fr. 14479, fol. 20v-35v.

[22] Abraham Bosse, Ensevelir les morts, vers 1640, eau-forte et burin, 258 x 313, Paris, BnF, Est., Ed 30, rés*.

[23] Toutes les gravures de repas d’Abraham Bosse et des autres graveurs du temps attestent que ce repas se fait le chapeau ou bonnet en tête pour les hommes, qu’il s’agisse de nobles, de bourgeois ou de simples gens du peuple.

[24] Abraham Bosse, La Bénédiction de la table, vers 1635, eau-forte, 175x401, Paris, BnF. Est., Ed 30, rés. Annexe 192, p. 224.

[25] Il s’agit d’un bonnet carré qu’il a mis pour finir de corriger ses vers latins « a cause de la grande chaleur ».

[26] Etienne Pasquier, Nicolas Pasquier, Les Œuvres d’Estienne Pasquier, contenant ses recherches de la France, son plaidoyé pour M. le Duc de Lorraine, celuy de Me Versoris, pour les jesuites contre l’université de Paris […] et les lettres de Nicolas Pasquier, fils d’Estienne, tome second, À Amsterdam, aux dépens de la compagnie des libraires associez, 1723, p. 1197-1200.

[27] Giora Sternberg, Status Interaction during the Reign of Louis XIV, Oxford, Oxford University Press, 2014, p. 164. Nous remercions Pierre Nevejans de nous avoir communiqué la teneur de cet ouvrage.

[28] le cérémonial diplomatique des cours de l'europe, ou collection des actes, mémoires et relations qui concernent les dignitez, titulatures, honneurs & prééminences ; les fonctions publiques des souverains, leurs sacres, couronnemens, mariages, baptêmes & enterremens ; les investitures des grands fiefs, les entrées publiques, audiences, fonctions, immunitez & franchoses des ambassadeurs & autres ministres publics ; leurs disputes & démêlez de préséance ; et en général tout ce qui a rapport au cérémonial & à l'étiquette, recueilli en partie par mr. du mont, mis en ordre et considérablement augmenté par mr. rousset, membre des académies des sciences de st, petersbourg & de berlin, 2 vol., a Amsterdam, warsberge, wetstein & smith, & z. chatelain, à la haye, chez p. de hondt, la veuve de ch. le vier, & j' neaulme, 1739, p. 48, communiqué par Pierre Nevejans. la pratique est légèrement différente d'après le  Dictionnaire de jurisprudence et des arrêts, dit de Brillon.

[29] Cité par Alice Camus, « Être reçu en audience chez le roi », Bulletin du Centre de recherche du château de Versailles [En ligne], Articles et études, mis en ligne le 10 juillet 2013, consulté le 08 juillet 2015. URL : http://crcv.revues.org/12206.

[30] Brillon, Prost de Royer et Riolz, Dictionnaire de jurisprudence et des arrêts ou nouvelle édition du dictionnaire de Brillon, tome VII, à Lyon, de l’imprimerie d’Aimé de la Roche, 1788, p. 303.

[31] BnF, ms fr. 6391, fol. 5-11.

[32] BnF, ms fr. 11191, fol. 95v.

[33] Mémoires de Michel de Marolles, abbé de Villeloin, divisez en trois parties […], À Paris, chez Antoine de Sommaville, 1656, p. 141.

[34] Saint-Simon, Mémoires, tome II, 1701-1707, édition établie par Yves Coirault, Paris, Gallimard, 1983, chapitre « droit de se couvrir », p. 134-137.

[35] Lyon, bibliothèque municipale, ms 156, fol. 38, 39v et 42v,

[36] Transcrit dans les Mémoires de la société académique de l’arrondissement de Boulogne-sur-Mer, 1896-1898, tome XVIII, p. 33.

[37] Monique Chatenet, La Cour de France au xvie siècle, vie sociale et architecture, Paris, Picard, 2002, p. 110.

[38] Ibid., p. 398-400.

[39] Abraham Bosse, Le Festin des chevaliers du Saint-Esprit, 1633-1634, eau-forte, 276x342, Paris, BnF Estampes, Qb 1-1633, collection Hennin 116.

[40] Lettre de Malherbe à Peiresc, éd. Lalanne, t. III, lettre n°27, 20 janvier 1608, p. 58-59. Nous remercions Monique Chatenet et Guillaume Fonkenell de nous avoir fait part de cette information.

[41] Ran Halévi, « La Pensée politique de l’honneur », dans H. Drévillon et D. Venturino (dir.), Penser et vivre l’honneur à l’époque moderne, Rennes, Presses Universitaires de Rennes, 2011, p. 114.

[42] Robert Arnauld d'Andilly, Journal inédit de Arnauld d’Andilly, publié d’après le manuscrit autographe de la bibliothèque de l’Arsenal par Eugène Halphen, Paris : Impr. De D. Jouaust (et Champion), 1888, tome I, p. 41-42

[43] Abraham Bosse, La Virilité, 1636, série des Quatre âges de l’homme, eau-forte, Paris, BnF Estampes, Ed 30, rés. 250 x 320. Ces serviteurs tête nue se retrouvent dans d’autres gravures de repas d’Abraham Bosse, comme le Goût (de la série des Cinq Sens, vers 1638, Tours, MBA, 1894-6-22, eau-forte, 255 x 323), ou encore le Festin du retour (de la série de l’Histoire de l’Enfant prodigue, vers 1636, eau-forte, 258x322, Paris, BnF, Est., Ed 30, rés*).

[44] Œuvres de Mathurin Regnier, éd. E. Courbet, satire X, Paris, Alphonse Lemerre, 1869, p. 93.

[45] BnF, Estampes, collection Hennin, tome 26, n° 2236 et 2237.

[46] Abraham Bosse, Le Noble peintre, vers 1642, eau-forte, 257 x 325, Lyon, Bibliothèque municipale.

[47] Abraham Bosse, Le Maître d’école, vers 1638, eau-forte et burin, 257 x 326, Paris, BnF, Estampes, Ed 30 a*.

[48] Nicole Doynet, « Gestes et paroles de la vie quotidienne au XVIIIe siècle. Les ressources des archives judiciaires », dans Yves-Marie Bercé et Yves Castan (dir.), Les Archives du délit, empreintes de société, actes du colloque archives judiciaires et histoire sociale, 24-25 mars 1988, Toulouse, Éditions Universitaires du Sud, 1990, p. 31.

[49] Robert Muchembled, La Violence au village… op.cit., p. 181.

[50] Arlette Jouanna, « L’Honneur politique du sujet », dans Hervé Drévillon et Diego Venturino (dir.), Penser et vivre… op.cit., p. 26.

[51] Cité par Henry Jouin, « Les orfèvres de Troyes du XIIIe au XVIIIe siècle », Nouvelles archives de l’art français, troisième série, tome VII, 1891, Paris, Charavay frères, p. 350.

[52] Désiré Artus, Les combatz du fidelle papiste, pèlerin romain, contre l’apostat priapiste tirant a la synagogue de Genève, maison babilonicque des luthériens. Ensemble la description de la cité de Dieu assiégée par les hérétiques, Rouen, R. et J. Du Gort frères, 1550, n. p.

[53] Les Œuvres d’Estienne Pasquier… op.cit., p. 1273-1274.

[54] Le Mot à l’oreille de Monsieur le marquis de La Vieuville, cité dans La Seconde après-dînée du caquet de l’accouchée et autres facéties du temps de Louis XIII, édition critique par Alain Mercier, Paris : H. Champion, p. 223.

[55] Anonyme [Henri de La Popelinière ?], Histoire de France enrichie des plus notables occurances survenues ez provinces de l’Europe et pays voisins, soit en paix, soit en guerre, tant pour le fait séculier qu’ecclésiastic, depuis l’an 1550 jusques à ces temps, La Rochelle, de l’imprimerie par Abraham H., 1581, tome II, n. p.

[56] M. N. Tommaseo, Relations des ambassadeurs vénitiens sur les affaires de la France au XVIe siècle, Tome II, Paris, Imprimerie Royale, 1838, p. 509.

[57] Olivier Le Fèvre d’Ormesson, Journal d’Olivier Le Fèvre d’Ormesson et extraits des mémoires d’André Le Fèvre d’Ormesson, publié par M. Chéruel, Paris, Imp. Impériale, tome I : 1643-1650, p. 764.

[58] BnF, fr. 15597, fol. 273.

[59] Olivier Le Fèvre d’Ormesson, Mémoires… op. cit., tome I, p. 666.

[60] BnF, NAF 22189, fol. 215.

[61] BnF, fr. 10316, fol.138v-139. L’audience a lieu le 14 octobre 1626.

[62] BnF, Clairambault 907, p. 89b-107.

[63] Brantôme, Œuvres complètes, tome I, les Grands capitaines estrangers, éd.  Ludovic Lalanne, Paris : Vve Jules Renouard, 1864, p. 178-179.

[64] Les premières lettres de Guez de Balzac... op. cit., tome I, lettre n°34, p. 145.

[65] « Elaborate hat rituals were famous. To greet cordially a person of higher social standing a man had to bow just far enough to be able to sweep the floor lightly with his doffed hat. The hat also came off while reading a letter from a person of high rank or even when the name of the king or pope was mentioned in conversation ». Edward Muir, Ritual in early modern Europe, Cambridge, Cambridge university press, 2005, p. 132-133.

[66] Cité par Frédéric Rouvillois, Histoire de la politesse de la Révolution à nos jours, Paris, Flammarion, 2006, p. 423.